Visages d’Utopia 56, l’engagement au quotidien

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Distribution de vêtements au « Mercistan », maraudes nocturnes, sandwiches avalés en vitesse dans un couloir, l’exposition photo « L’ADN d’Utopia 56 : le bénévolat humanitaire » raconte le quotidien des bénévoles d’Utopia 56. Thierry Tanter, photographe, et Julie Lescot Rault, co-coordinatrice de l’exposition, nous racontent la genèse du projet.

Utopia 56, en deux mots, c’est quoi ?

Thierry : C’est une association née dans le Morbihan, qui se consacre à l’aide aux migrants. A la base, elle coordonnait les différentes associations déjà présentes sur le terrain, puis elle s’est investie de manière plus concrète : récolte et distribution de vêtements, de couvertures, de nourriture.

Pourquoi avoir rejoint cette association ?

Thierry : Je suis aide-soignant de métier et venir en aide aux migrants est dans la continuité pour moi. C’est ainsi que chaque humain devrait se comporter envers les autres. Cela fait deux ans que j’ai rejoint Utopia 56. J’y suis arrivé par l’intermédiaire d’un autre bénévole. J’ai commencé à Grande-Synthe, près de Dunkerque [ndr : le site a depuis brûlé et fermé]. Au départ, j’ai participé aux actions classiques, lingerie, distribution de repas, aide en cuisine, maraudes, amélioration de locaux. Les champs d’action sont très variés. Quand j’étais à Grande-Synthe, j’avais mon appareil photo avec moi – j’ai toujours aimé la photo. Deux des co-fondateurs ont apprécié mes clichés et m’ont demandé de devenir le photographe officiel d’Utopia 56. Cela dit, je ne suis pas le seul à alimenter la banque de données photos d’Utopia 56 ; de nombreux bénévoles en prennent également sur le terrain. On peut les voir sur le site internet par exemple.

Julie : J’avais fait de l’humanitaire, il y a quelques années, et je suis très touchée par la question de l’accueil des migrants. J’ai rencontré les fondateurs d’Utopia 56 il y a un an, au cours d’une assemblée générale. Je voulais partir sur le terrain pour faire de la photo également. Or, cela s’est transformé en coordination de projet, lorsque l’association a reçu une demande du festival Passeurs de Lumière.

Ce festival est à l’origine de l’exposition « L’ADN d’Utopia 56 : le bénévolat humanitaire » ?

Julie : Oui, Michel Dupuy, président du festival Passeurs de Lumière à Bannalec, nous a contactés en 2017 pour réaliser une exposition. L’association a d’ailleurs co-financé le projet. Au départ, cela me paraissait compliqué de monter cette expo sans être jamais allée sur le terrain, mais la directrice d’Utopia 56 m’a convaincue que j’aurais ainsi un certain recul. Lorsque nous avons commencé la sélection des photos, Thierry et moi, j’ai été très touchée par leur force. Le thème du festival était « Rebelles ». Cela était pour nous l’occasion de définir ce mot et de l’illustrer, à notre manière.

Thierry : On s’est questionnés sur ce qu’était la rébellion. Être rebelle, ce n’est pas forcément être en opposition, en rébellion comme on peut l’imaginer, casser, c’est aussi construire, ce que font les bénévoles.

Julie : C’est à ce moment que nous avons choisi de mettre le bénévolat en valeur. Juste avant l’ouverture du festival de Bannalec, il y a eu un off. L’exposition a d’abord séjourné dans des écoles ; Thierry échangeait avec les collégiens/lycéens. Le but était de leur transmettre des images atypiques, qui parlent d’autre chose que ce que l’on voit à la télévision et sur les réseaux sociaux.

Thierry : Les jeunes s’interrogent beaucoup sur le bénévolat et sur la représentation des migrants. Je crois que cela les a un peu bousculés dans leurs certitudes.

Quand avez-vous pris ces photos ?

Thierry : Elles sont le résultat de plusieurs missions, sur un an. Lors de mon premier terrain à Grande-Synthe, je suis venu pour réaliser des travaux et services classiques. Par la suite, à Paris et Calais, je venais en tant que photographe.

Que racontez-vous dans ces clichés ?

Thierry : Une journée de bénévolat classique, au sein d’Utopia 56. On peut commencer à 8h du matin ou terminer vers 2-3 h du matin, avec les maraudes. C’est le travail des bénévoles, le fameux « ADN d’Utopia 56 » que nous mettons en lumière. On ne voulait pas montrer le rapport entre l’Etat et les migrants, et notamment parler de la politique menée envers eux. Cela aurait été facile de faire des photos choc. Mais, nous avons choisi de baser l’exposition sur le travail du bénévolat et sur ce quotidien, plus apaisé que ce que l’on imagine. On n’est pas toujours confrontés aux CRS ou à la police, même si cela arrive. Le bénévolat c’est aussi apporter de la douceur. On le voit sur l’une des photos, dans laquelle une bénévole s’occupe d’un bébé, c’est très touchant.

Julie : Ces images invitent les gens à aller sur le terrain pour se faire leur propre opinion. Nous voulions raconter une histoire, être dans un style narratif. Les légendes, réalisées par toute l’équipe de la communication d’Utopia 56, traduisent également cette volonté explicative.

Les personnes prises en photo sont-elles au courant de l’exposition ?

Thierry : Oui, nous avons recontacté tous les bénévoles pour leur demander leur autorisation de diffusion d’image. Quant aux migrants, c’est plus difficile de les joindre, car la plupart d’entre eux peuvent se déplacer sur un autre secteur ou disparaissent du jour au lendemain. En revanche, chaque photo a été prise avec le consentement des personnes ; il y a une sorte d’accord tacite.

Julie : Nous faisons en sorte de respecter la vie privée de chacun. Les migrants que l’on voit vraiment – car on les voit finalement peu sur les clichés – ont donné leur accord verbal, comme Abraham par exemple, dont la photo clôt l’exposition, debout, le regard droit, enveloppé dans un sac poubelle. Il voulait que cette photo serve à quelque chose.

Que deviendra « L’ADN d’Utopia 56 » après son départ de La Colloc ?

Thierry : Nous avons des propositions pour aller dans des festivals. On aimerait qu’elle circule partout en France, à la fois dans les écoles (dès la rentrée, dans des écoles du Finistère et du Morbihan), puis dans tous les endroits qui voudront bien l’accueillir.

Avez-vous de futurs projets en tête ?

Julie : Nous aimerions partir sur le terrain ensemble, avec Thierry, peut-être pour monter un nouveau projet de sensibilisation. Il y a beaucoup de désinformation sur le sujet des migrants et une communication sensible permettrait l’apaisement des esprits.

Thierry : Nous voudrions laisser la parole aux gens, pour qu’ils puissent s’exprimer sur ce qu’ils désirent, avec pourquoi pas la recette de cuisine du grand-père ou le souvenir d’enfance.

Un article à retrouver sur Coconut.

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